Le forum de l’insertion organisé par le Conseil général du Finistère, le 18 décembre au Quartz à Brest, entend démontrer que solidarité et compétitivité ne sont pas incompatibles. Coup de projecteur sur des initiatives qui bousculent les règles traditionnelles du recrutement.
Il faut parfois repartir de zéro. Lever les a priori et regarder les individus et leurs richesses en face. En pleine crise économique, le Conseil général, pilote des politiques d’insertion, veut convaincre les entreprises de se tourner vers les exclus du marché du travail pour combler leurs besoins en compétences.
Le séisme économique issu de la crise financière mondiale aura peut-être du bon. Le toujours plus vite, toujours moins cher et toujours plus rentable démontre ses limites. Sa belle façade clinquante se fissure de toutes parts. Il est sans doute temps de repartir sur d’autres bases :
« La logique de développement durable portée par le Département pose le constat suivant : tout le monde gagnerait à ne pas opposer performance économique et intégration sociale dans la dignité et la juste rémunération », pose ainsi Richard Ferrand, vice-président du Conseil général en charge des politiques d’insertion.
Le credo est généreux. Est-il viable ? Plus que jamais, semble-t-il. Car malgré, ou en raison de la crise, les entreprises ont encore plus besoin aujourd’hui qu’hier des hommes qui les feront passer la tempête. Donc de trouver des bras pour faire tourner les usines, les commerces, les services. C’est à partir de là que peut se réécrire l’histoire.
Le Conseil général du Finistère organise le 18 décembre, au Quartz à Brest, son troisième forum de l’insertion. Il a cette année pour ambition de mobiliser les acteurs économiques et de montrer que solidarité et compétitivité ne sont pas incompatibles.
Ce rendez-vous annuel des acteurs de l’insertion a pour ambition de mobiliser les entreprises. L’idée : leur montrer que le public des structures d’insertion, bénéficiaire des minima sociaux, trop longtemps tenu à l’écart du marché du travail, doit être considéré par les chefs d’entreprises comme un vivier de compétences.
Travailleurs sociaux et acteurs économiques seront invités à réfléchir ensemble au sein de trois ateliers. Le premier s’articulera autour de la question « Comment faire face aux problèmes de recrutement ? » : comment convaincre les entreprises de prendre en compte les publics en insertion et comment les accompagner pour limiter leurs prises de risque…
Intitulé « Pour un retour gagnant dans l’entreprise », le second atelier explorera les moyens de favoriser une intégration durable dans l’emploi, de concilier la flexibilité nécessaire aux entreprises et la sécurisation des parcours professionnels.
Enfin, le troisième atelier concernera la formation : « Comment améliorer et adapter les niveaux de compétences tout au long de la vie ? » à la fois pour permettre aux entreprises de mieux gérer l’évolution de leurs besoins en compétence et pour sécuriser le retour à l’emploi des personnes les plus fragilisées.
Gros plan sur l’économie finistérienne de 2008. À ma droite, des secteurs qui peinent à recruter comme le BTP, l’agroalimentaire, la métallurgie… À ma gauche, près de 14 000 personnes qui émargent au revenu minimum d’insertion, et ne trouvent pas le chemin de la sortie. Résultat : une économie qui patine, le constat d’un échec pour tout un territoire. Alors que des solutions sont à portée de main, à condition que chacun fasse une partie du chemin.
« La compétence majeure du Département, c’est l’insertion. Mais sans lien avec l’économie et donc l’emploi, cela n’a pas de sens ! », rappelle Michaël Quernez, justement président de la commission Insertion et économie au Conseil général. Des mots pour traduire une politique tissée au millimètre depuis plusieurs années, sur les différents bassins d’emploi et de vie du Finistère.
Objectif constant : connaître les besoins des uns, les contraintes des autres, et tenter de fabriquer des réponses sur mesure.
« Les plus éloignés de l’emploi connaissent souvent des difficultés autres (accès au logement, mobilité, garde d’enfants…), qui les empêchent d’être en condition pour accéder à un travail durable. Nous les aidons à lever ces freins », poursuit l’élu. Pas tout à fait de quoi convaincre une entreprise face à un candidat sans expérience, sans diplôme ? « Nous ne sommes pas seuls ! Par ses Maisons de la formation professionnelle, la Région travaille à faire correspondre au mieux les offres de formation aux besoins des entreprises, en fonction des bassins d’emploi. »
Reste que cette histoire ne peut s’écrire à une seule main. « L’insertion réussie débouche sur l’emploi durable. Or jusqu’à preuve du contraire, ce sont bien les entreprises qui créent l’emploi », rappelle Richard Ferrand. Cette deuxième main est-elle prête à prendre la plume ? Dès lors qu’on la lui tend, elle semble bien vouloir s’en saisir ! Le succès de l’Intervention sur l’offre et la demande (IOD), mise en œuvre par les Plans locaux pour l’insertion et l’emploi, en est la preuve. « Nous étudions la réalité des postes avec les employeurs. Cela permet de leur proposer des candidats intéressés et compétents. Ils comprennent qu’en prenant ce temps avant l’embauche, ils prennent en fait de l’avance : cela permet d’éviter le turn-over ! Et tout le monde est gagnant dans l’histoire », résume Francis Valls, co-créateur de la méthode IOD.
Qu’il s’agisse de l’IOD, des clauses d’insertion dans les marchés publics ou du recrutement par simulation, un autre constat ressort aussi : la compétence, en tout cas le potentiel de l’individu, sont de plus en plus en mesure de l’emporter sur l’étiquette injuste que véhicule trop souvent le terme d’insertion.
Partout en Finistère, de telles expériences tendent à démontrer que des ponts peuvent se bâtir entre deux mondes qui ont eu trop souvent tendance à s’éviter. Ce n’est pas de l’utopie, juste une nouvelle réalité économique apte à reconstruire l’avenir en solidaire. Tentant, non ?
Enquête d'emploi n°18 - Décembre 2008
Les méthodes traditionnelles de sélection des candidats à l’emploi ne laissent pas les mêmes chances à tous. Des initiatives proposent de recentrer le choix sur les aptitudes plutôt que sur le parcours.
Les faits sont là, têtus. L’instabilité s’est installée comme réalité incontournable du marché du travail. Toute la question étant de savoir comment rendre cette nouvelle donne acceptable économiquement, socialement et humainement.
La formation améliore les chances de se faire une place sur le marché du travail. La tendance est à la mise sur pied de petites opérations au plus près des besoins locaux en compétences. Des besoins qu’une gestion prévisionnelle doit permettre d’identifier.