Depuis le mois de septembre, Pierre Guéguan travaille au contrôle des entrées dans les différents pavillons d’Océanopolis, à Brest. Un emploi comme les autres, dans un cadre inhabituel. Car le jeune homme est reconnu travailleur handicapé, et ne peut actuellement accéder à un emploi en milieu ordinaire.
Usager de l’association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt), Pierre aurait en effet dû travailler au sein de l’établissement de service et d’aide au travail (Esat) de l’association, avec d’autres travailleurs handicapés. Mais l’Adapt a développé une activité hors les murs, qui permet à certains de ses usagers de mettre un pied dans l’emploi non-protégé.
« Nous demandons aux entreprises de réfléchir à des tâches qui pourraient convenir aux capacités de nos usagers. Il s’agit de tâches, et non pas de postes de travail : cela simplifie les choses », précise Joëlle Calvez, de l’Adapt. Claude Le Liboux, directeur des ressources humaines de la Sopab, gestionnaire d’Océanopolis, a vite été séduit : « L’intégration de personnes handicapées est souvent très complexe, car il faut aménager le poste de travail. La proposition de l’Adpat était originale… Et s’est révélée d’une simplicité biblique… Enfin ! »
Une fois la tâche identifiée, au contrôle des tickets donc, Océanopolis a ainsi intégré Pierre dans l’équipe d’accueil, via un contrat de mise à disposition* signé avec l’Adapt. Contrairement à ses collègues, le jeune homme se concentre sur cette seule tâche de contrôle, et travaille à 80 %. Pour le reste, Pierre est un employé comme les autres, au milieu des autres. L’essentiel est là : « L’objectif, à terme, est de viser un emploi pérenne en milieu ordinaire. Cette étape l’aide à progresser vers ce but », explique Joëlle Calvez. Pierre, membre de l’association des traumatisés crâniens, confirme : « Avant, j’étais dans un Esat. J’ai eu cette chance de trouver ce poste, de pouvoir évoluer. J’ai de moins en moins de séquelles, et cet emploi est une nouvelle marche franchie dans mon parcours. »
Les contrats « hors les murs » visent à accompagner en douceur les personnes handicapées vers le retour à l’emploi ordinaire. Pour Pierre comme pour trois autres usagers de l’Adapt qui travaillent dans ce cadre (l’un d’eux est à la Poste), l’expérience semble toucher au but. Car chacun y trouve son compte : les travailleurs handicapés qui remettent un pied dans l’emploi ordinaire tout en bénéficiant du suivi de l’association, comme les entreprises qui trouvent là un moyen simple de répondre à leur obligation d’emploi de personnes handicapées. À la Sopab, on se dit en tout cas déjà prêt à renouveler l’expérience.
Note : * L’association facture une prestation à l’entreprise, et rétribue l’usager. Celui-ci cumule son allocation adulte handicapé avec ce revenu, pour parvenir à un salaire équivalent au smic.
Enquête d'emploi n°22 - Avril 2009