Parfois, il suffit d’un rien pour redémarrer, passer la première, et reprendre la maîtrise de sa vie. Mais quand ce rien se trouve être le petit papier rose du permis de conduire, les voies d’accès à un avenir dégagé affichent un grand sens interdit.
À Brest depuis 1984, l’auto-école associative Feu vert, désormais intégrée au pôle d’initiatives sociales de l’association Don Bosco, permet chaque année à des dizaines de Finistériens de passer outre leurs difficultés d’apprentissage, leurs peurs ou leurs handicaps, en les accompagnant sur le temps dans la conquête des règles de la route.
« Nos élèves ont souvent des difficultés d’apprentissage, des problèmes personnels, des handicaps visibles ou invisibles. Nous les aidons à passer ce cap, dans le cadre de leur projet professionnel ou personnel, synthétise Michel Roger, directeur de Feu vert. Pour autant, cet établissement d’insertion par la formation n’a rien de l’auto-école “au rabais” ! » Ici, les cours sont les mêmes qu’ailleurs, les obligations aussi. Simplement, on prend le temps.
Et si l’apprentissage de la conduite coûte le même prix qu’ailleurs, ce temps supplémentaire passé à acquérir les bases est compensé financièrement par le Conseil général : « Nos élèves sont orientés ici par des travailleurs sociaux. Après évaluation, nous pouvons déterminer s’ils peuvent se débrouiller seuls, avec une auto-école classique, ou si leurs difficultés seront surmontables par le temps et la pédagogie. »
Du code, qui fait l’objet d’une préparation intensive, à la partie pratique, les cinq enseignants de Feu vert savent que leurs élèves demanderont toujours plus de patience. « Parfois, il faut savoir prendre le temps de s’arrêter, de parler, pour trouver ce qui bloque. Certains ont tellement de problèmes qu’ils ne peuvent pas se concentrer sur l’apprentissage », confie Alain Costiou, l’un des moniteurs.
Au final, les élèves de Feu vert parviennent pourtant, comme les autres, à décrocher le fameux sésame.
« C’est là que l’on se rend compte de l’utilité de notre travail : un permis, c’est la possibilité de partir travailler à 20 ou 30 kilomètres. Nous sommes face à un public peu qualifié, qui n’a donc souvent accès qu’à des emplois dans les usines, donc hors de la ville… Pour beaucoup c’est également leur premier diplôme. Ils ont acquis par là un premier processus d’apprentissage qu’ils pourront transférer dans d’autres domaines. »
Enquête d'emploi n°23 - Mai 2009