Depuis trois ans, elle accompagne les salariés licenciés économiques vers le retour à l’emploi durable, dans le cadre du contrat de transition professionnelle mis en œuvre sur le bassin d’emploi de Morlaix. Et relève avec eux le défi, sourire en prime.
Elle sait ce que la galère veut dire. Elle aussi a trébuché, chuté, mais s’est relevée. Un profil qui ne rentre pas forcément dans les cases, mais lui aura donné les clés de sa réussite. Pour mieux œuvrer à celle des autres. À la tête de la cellule expérimentale du contrat de transition professionnelle (CTP) mise en place en 2006 sur le bassin de Morlaix, Marie-France Rolland a, depuis, réussi, avec ses équipes, à démontrer que le pire n’était jamais sûr. Surtout quand on y croit.
Et elle y croit, forcément. Elle a raison, d’ailleurs :
« On est, depuis le début, sur 69 % de sorties durables : sur dix personnes que nous suivons après un licenciement économique, sept ont un CDI quand elles nous quittent. Et deux autres sont en formation, ou en contrat court amené à déboucher sur de l’emploi durable », rappelle-t-elle volontiers.
Le résultat est incontestable, incontesté. Pour y parvenir, Marie-France Rolland a pris le parti de faire les choses à sa façon. En misant, tout simplement, sur l’humain.
Dans les couloirs un peu défraîchis de la cellule Transitio-CTP, bien cachée sur l’arrière de la belle façade de la manufacture des tabacs de Morlaix, l’ambiance est à la rigolade. Autant que faire se peut. Derrière la porte d’un bureau, le rire franc de la patronne des lieux résonne plus fort.
La porte s’ouvre, Marie-France Rolland entre en scène. Une tornade qui s’assume et ne balaie sur son passage que les idées noires. « Certains arrivent ici complètement paumés, en larmes. Leur boulot, c’était leur vie. Moi, je rigole, je les rassure. Et l’instant d’après, un autre arrive, tout sourire : il a retrouvé un travail. »
L’optimisme est contagieux, la réussite aussi. C’est en tout cas la belle philosophie que met en application cette drôle de dame, avec succès. « Oui, la crise. Oui. Et alors ? On va se regarder dans les yeux et pleurer ? Le monde devra bien continuer à manger, non ? Alors mieux vaut se dire que ça ira mieux demain. Et se demander comment l’on va faire, sans les autres, pour qu’effectivement ça aille mieux. » C’est sa méthode Coué. Et elle fonctionne. Pour la majorité de ceux qui sont passés ici, ça va mieux demain.
à la tête d’une équipe de neuf personnes, détachées de l’Afpa et de Pôle emploi, Marie-France Rolland ne prétend pas avoir inventé l’eau chaude. Elle sait juste que pour beaucoup de ceux qui arrivent ici, lessivés par une loi du marché qui ne fait pas dans le sentiment, il suffit souvent d’un coup de pouce un peu appuyé, d’une oreille vraiment attentive pour que l’espoir et la dynamique qui va avec repartent.
Elle le sait parce qu’elle a été de l’autre côté de la barrière, il y a longtemps : « J’ai eu pas mal d’accidents de parcours dans ma vie. Jamais, dans ces moments-là, je n’ai trouvé quelqu’un pour me tendre la main… On me disait toujours d’aller voir chez le voisin… Je sais que ça n’a pas changé pour ceux qui vivent ça aujourd’hui. C’est sans doute pour cela que quand les gens arrivent ici, moi je leur réponds. »
Le profil de la dame, formatrice pour adultes, maîtrisant parfaitement les ficelles de la formation et de l’emploi, ainsi que les moyens mis en œuvre pour le CTP, ont aidé. L’équipe morlaisienne a dû se faire aux manières de la patronne, croire avec elle que « toute personne a un potentiel extraordinaire, mérite qu’on s’attarde sur son cas ». Et constater avec elle aussi que la méthode n’avait rien de l’incantation.
Isabelle, sa jeune assistante, résume : « Elle a envie que ça marche, et elle donne envie. » Avant d’ajouter : « Elle sait sentir la nature des gens, et les amener là où ils ont envie d’arriver, en leur donnant les meilleurs outils dont elle dispose. » Au bout de trois ans, le bilan vient conforter la méthode, les sourires retrouvés des anciens « CTP » revenus vers l’emploi aussi.
Les fâcheux pointent un dispositif ruineux, dont le budget ressemble à s’y méprendre au secret d’État ? Elle contre-attaque : « Que seraient devenus ceux qui arrivent en larmes ici et qui repartiront avec un boulot ? Ce que l’on fait ici ne coûte pas cher par rapport au mal-être social qui naît quand on est seul et qui n’est pas mesurable. » Elle sait aussi manier les chiffres : « Le maximum que les gens passent ici, c’est six mois. » Autant dire un rêve pour des milliers de chômeurs de longue durée, d’abonnés à la précarité.
Il n’empêche : en fin d’année, l’expérimentation prendra fin. Que deviendront ceux qui auront encore des larmes à verser ? Une généralisation du dispositif est dans les tuyaux. Les moyens, les méthodes ne seront sans doute pas les mêmes. Marie-France Rolland espère faire partie de l’aventure. Et pouvoir continuer à dire que demain, ça ira mieux. Qui ne voudrait pas y croire avec elle?
Enquête d'emploi n°21 - Mars 2009