Comment se relever d’un licenciement économique ? Outre les Plans de sauvegarde de l’emploi qui peuvent être mis en œuvre dans les entreprises, deux mécanismes spécifiques d’accompagnement sont proposés par le Service public de l’emploi. L’un, le Contrat de transition professionnelle, n’est pour l’heure qu’en expérimentation sur le seul bassin de Morlaix. La convention de reclassement personnalisé, elle, peut s’appliquer pour tous.
« Il n’y a que la passivité qui tue. » Marie-France Rolland, responsable de la cellule CTP de Morlaix, ne goûte pas le jargon policé des textes administratifs. Elle n’en conduit pas moins d’une main de maître une équipe de huit conseillers (peut-être bientôt dix) sur la voie de la réussite. Sans illusions mais forte d’un réseau, d’un savoir-faire et d’une motivation qui portent déjà leurs fruits.
En six mois, le CTP a accueilli 178 adhérents, dont quelques-uns ont déjà retrouvé un contrat durable, quand d’autres sont en formation, et d’autres encore ont monté leur entreprise. « Une fois les premières peurs passées, on se retrouve face à des gens hypermotivés, qui ont compris qu’ils pouvaient faire de cette épreuve une opportunité. » Composée de transfuges de l’ANPE et de l’Afpa, l’équipe du CTP contribue largement à cette dynamique. «Notamment parce que nous avons les moyens d’aller plus loin : quand un conseiller ANPE doit suivre 120 ou 130 personnes, nous nous limitons à un portefeuille de trente adhérents par agent. Dans ces conditions, l’énergie n’est pas la même ! », rappelle Marie-France Rolland. Laquelle avait aussi préparé le terrain : « Il a fallu convaincre tous les partenaires du bassin, dans l’insertion ou dans l’économie, que notre intérêt à tous était de dépasser les chapelles. » Résultat : la cellule s’est forgée un solide réseau, qu’elle actionne sans hésiter. « Dès que l’on part sur une idée, une action, le conseiller prend son téléphone, vous met en relation avec la bonne personne… C’est rassurant », confirme Eric Léon, l’un des adhérents du CTP.
Cet « accompagnement personnalisé » n’a pourtant rien de la sinécure ! Au bout de quatre semaines, un « plan d’action concerté » est signé, visant l’emploi durable. Il comprend souvent des périodes de formation, voire des périodes d’essai en entreprise. « Quand quelqu’un a travaillé vingt ans au même poste, on ne peut pas le laisser partir dans le premier emploi venu ! Il faut s’assurer qu’il puisse s’y maintenir, et cela est rendu possible par un CDD-CTP. »
Bénéficiant de fait d’un filet de sécurité pendant un an, les adhérents peuvent donc prendre le temps de construire leur avenir. Un luxe ? Un pari sur l’avenir, veut croire Marie-France Rolland : « Tant qu’à mettre de l’argent public sur la table, autant mettre le paquet sur les nouveaux demandeurs d’emploi, plutôt que de les laisser seuls, et risquer de les retrouver ensuite dans les dispositifs d’insertion ! » Les pionniers du CTP ont jusqu’au mois d’avril 2008 pour démontrer la pertinence de leur conviction.
Depuis juillet 2005, tous les salariés victimes d’un licenciement économique, au sein d’une entreprise de moins de 1 000 salariés, peuvent adhérer à une convention de reclassement personnalisé. Un dispositif proche de l’esprit du CTP, à quelques différences près.
Basée à Brest, et portée par une équipe de cinq personnes pour l’ensemble du département, la cellule de la CRP comptabilise aujourd’hui environ 500 adhérents (2 000 en Bretagne et 46 000 en France). Concrètement, si le salarié s’y engage, il va, durant huit mois, bénéficier d’un service personnalisé, ayant pour but un retour rapide à l’emploi durable, tout en touchant 80 % de son salaire brut pendant trois mois, puis 70 % les cinq mois suivants. A la différence du CTP, cette mesure financière n’est valable que pour les salariés justifiant de deux ans d’ancienneté dans l’entreprise : les autres peuvent bénéficier du même suivi personnalisé, mais ne toucheront que l’allocation de retour à l’emploi (57 % du salaire brut antérieur).
Là encore, les adhérents se voient donc accompagnés et soutenus dans leur retour vers l’emploi par des conseillers qui disposent de tous les outils de l’ANPE : bilan de compétences, validation des acquis de l’expérience, ou encore plate-forme des vocations. « L’objectif est bel et bien l’emploi durable. Il s’agit cependant d’aller plus vite que dans le cadre du CTP », note Catherine Le Paih, directrice déléguée de l’ANPE du Finistère nord. Alors que le dispositif est censé prendre fin d’ici au 31 décembre prochain, il devrait, selon toute vraisemblance, se poursuivre encore au moins quelques mois. Les résultats semblent eux aussi probants, avec un taux de sortie vers le marché du travail de 70 % au bout de huit mois.
Enquête d'emploi n°1 - Décembre 2006