Difficile de faire garder son enfant lorsqu’on embauche à 6 h du matin ou qu’on travaille le week-end. Dans le Finistère, une petite dizaine de crèches s’est calée sur les horaires atypiques des parents.
Audrey Rannou en convient volontiers : Loustic services simplifie considérablement son quotidien et celui de son fils. Quatre jours par semaine, dès 6 h, une auxiliaire de vie vient à son domicile s’occuper de son fils Tanguy, trois ans. Audrey Rannou peut ainsi se rendre à la Socopa, atelier de découpe de Châteauneuf-du-Faou. Valérie, l’auxiliaire, réveille le petit garçon à 7 h 45, le prépare et l’emmène à l’école de Saint-Thois. « Le rythme de Tanguy est respecté et moi, je pars travailler l’esprit tranquille », commente la jeune mère célibataire.
Carnet d’adresses
Vingt-cinq autres familles profitent de ce mode de garde atypique. « Et leur nombre ne cesse d’augmenter », indique Dominique Dugrais, coordinatrice enfance-jeunesse à la Communauté de communes de Haute Cornouaille.
Loustic services est né en 2004 d’un constat : de nombreux parents travaillent à des heures atypiques dans des industries agroalimentaires ou des maisons de retraite et rencontrent des difficultés pour faire garder leurs enfants. « Rares sont en effet les assistantes maternelles qui accueillent des enfants avant 7 h. Qui plus est, il n’y a aucune crèche sur le territoire », décrit Dominique Dugrais.
La Communauté de communes de Haute Cornouaille a donc imaginé un système original : des auxiliaires de vie (salariés des ADMR locales) se rendent au domicile des parents entre 5 h 30 et 9 h ou 17 h 30 et 21 h 15. Elles emmènent ensuite les enfants à l’école ou chez une assistante maternelle. Les habitants de la communauté de communes sont les seuls à pouvoir prétendre à ce service qui leur est facturé 2,30 à 4 euros de l’heure.
Les jeunes Brestois peuvent bénéficier d’un système de garde à domicile similaire, mis en place par l’Association de gestion des emplois familiaux (Agef). Quelques (rares) crèches de Quimper, Morlaix, Landerneau et Brest font aussi des efforts pour élargir les horaires d’ouverture. Cependant, la très grande majorité des lieux d’accueil ouvrent leurs portes à 8 h et les referment à 18 h 30. La plupart des assistantes maternelles travaillent sur les mêmes créneaux. Difficile donc de trouver un mode de garde quand on travaille en trois-huit, à mi-temps, les week-ends et les jours fériés. « Certains trouvent des solutions auprès de leur famille ou voisins, d’autres doivent se résoudre à cesser leur travail », commente Mylène Moal.
La conseillère technique petite enfance de la Caisse d’allocations familiales du Nord-Finistère est cependant assez optimiste :
« La Conférence de la famille de septembre 2005 a facilité la signature de contrats Caf avec les entreprises. Je pense donc que les crèches interentreprises vont se multiplier. Mais encore faut-il une forte volonté des entreprises. »
À Quimper, la détermination d’une poignée de patrons a donné naissance à la crèche Tôt ou tard. À Brest, les Amitiés d’Armor ouvriront une structure d’accueil de 30 places à la rentrée prochaine. « Plus des trois-quarts de notre personnel sont des femmes de moins de 30 ans. Et la majeure partie d’entre elles travaille à des horaires atypiques en maison de retraite notamment. Nous avons donc décidé de mettre en œuvre cette politique sociale d’accueil », précise Élodie Portanguen, responsable des ressources humaines aux Amitiés d’Armor. D’autres crèches inter-entreprises devraient ouvrir à Plouzané, Plouédern et Brest.
Enquête d'emploi n°3 - Mars 2007