On entend beaucoup parler ces derniers temps de cohésion sociale. Il est même, dans le gouvernement, plusieurs ministres, dont une spécialement déléguée à cette question, qu’une récente actualité placée sous la bannière de Don Quichotte a soudain mise sur le devant de la scène.
Voilà l’occasion de revenir sur la signification d’un concept volontiers sollicité, mais dont on a du mal à voir les effets sur le terrain, bien qu’il soit brandi comme un outil d’action politique. L’étymologie ne laisse pourtant planer aucun doute sur le sens à donner au mot dont l’origine latine signifie tout simplement « adhérer ensemble ». Mais adhérer à quoi en ce début de troisième millénaire plutôt chahuté au plan social par les brisures, les exclusions que l’on sait, les déficits en matière de santé, d’éducation, de logement?
La cohésion sociale se construit, nous dit-on, sur les valeurs partagées et un discours commun. Que le discours aspire à un meilleur équilibre sociétal ne pose aucun problème. L’énoncer reste un exercice aussi facile que rassembleur. Définir en détail les valeurs partagées s’avère un peu plus compliqué, d’autant plus quand s’y adjoint une autre exigence de la cohésion sociale : la réduction
des écarts de richesse et de revenu. Voilà une distorsion entre le langage et l’action qui invite à la plus vigilante des réflexions, à l’heure où le nombre de pauvres connaît l’accroissement que l’on sait et que les riches deviennent de plus en plus riches.
En fait, une véritable cohésion sociale impliquerait le sentiment partagé de participer à une entreprise commune, de relever les mêmes défis, bref, de faire partie de la même collectivité. C’est, à l’évidence, la question majeure que doivent se poser et poser celles et ceux qui aspirent à la fonction suprême, en gommant d’abord de leurs discours et de leurs programmes électoraux toute piste, tout axe de travail, tout engagement qui n’irait pas dans ce sens. Et en définissant avec la plus grande rigueur l’entreprise commune qu’ils entendent porter, les défis qu’ils entendent relever et leur vision de la collectivité. Voilà qui serait à coup sûr plus éclairant que les petites phrases, les fausses polémiques et les regards people de certains médias.
Enquête d'emploi n°2 - Février 2007