Le constat est aussi clair que douloureux. Trop de demandeurs d’emploi restent hors de la route, alors que dans un contexte pourtant peu propice à l’emploi encore trop d’entreprises en quête de professionnels ne réussissent pas à satisfaire leurs besoins en main-d’œuvre. Un vrai gâchis, au regard des difficultés individuelles et collectives du moment.
Pour autant remettre sur la voie de ces métiers en tension des exclus du marché du travail mérite à coup sûr un regard éclairé par une autre logique que le seul raisonnement des vases communicants. Plus que tout autre, une telle situation suppose la prise de temps qui est celle de la formation.
Une formation assistée en fait, associant, par exemple, au bénéficiaire la présence d’un tuteur capable de déceler les motivations premières, les envies, les attentes de son « protégé » d’un temps. De mieux l’aiguiller ensuite sur la voie d’un retour à la normale.
La réussite de cette sorte de « greffe » ne sera qu’à ce prix, porté par la priorité faite à l’homme par rapport à la seule logique productiviste. Dans une économie pour le moins perturbée, on peut comprendre que l’urgence invite à soutenir les entreprises dont le potentiel ne peut totalement s’épanouir en raison de ce déficit de main-d’œuvre. Mais pas dans n’importe quelles conditions ! Il y va d’ailleurs de leur avenir comme de celui des femmes et des hommes guidés, engagés, investis dans un tel projet.
Des pistes existent déjà pour faciliter la nécessaire anticipation en matière de cette sensible quête d’emplois et de compétences. Sans doute serait-il bon qu’élus et acteurs économiques amplifient leurs actions en la matière. La mise en place par exemple d’une Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans le cadre d’un territoire, rendue possible par la loi, faciliterait à l’évidence le retour en grâce futur des exclus de l’heure. Dans une société en trépidation et en accélération permanente, il est encore possible de donner du temps au temps. À condition de jouer à fond la carte de l’anticipation qui – c’est une évidence à marteler – ne peut se contenter de la seule prévision statistique.
Enquête d'emploi n°18 - Décembre 2008