Notre modèle (français) socio-économique est en danger ! Pour que les entreprises (y compris les salariés) et nos institutions publiques soient globalement capables de faire face à la crise actuelle, cela suppose un cadre et des règles du jeu, stables et parfaitement contractualisées.
Ce que l’on appelle aujourd’hui la crise n’est que le résultat, le fruit d’une déréglementation organisée, au bénéfice d’une minorité pratiquant la spéculation financière à l’échelle mondiale. La financiarisation de l’économie, la libéralisation des marchés ou la recherche du profit immédiat, ont balayé en quelques années ce qui fondait nos équilibres socio-économiques. Sans règle (et ceux qui vont avec, pour les faire respecter), sans respect des contrats qui nous lient, dans le temps et dans l’espace, nous risquons la sortie de route et tous les dégâts que cela engendre.
Il suffit de regarder autour de nous. La crise du lait qui met aujourd’hui nos agriculteurs sur la paille, n’est que le produit d’une remise en cause des quotas laitiers qui, à l’échelle européenne, protégeait les équilibres de production et leur garantissait un revenu du travail décent. À partir du moment où l’on modifie les règles en organisant la surproduction, les prix s’effondrent et le travail n’a plus de valeur. L’agriculture bretonne n’a d’avenir que dans la régulation qui lie producteurs, transformateurs et distributeurs.
Dans le secteur de la pêche, le constat est le même. La filière ne pourra surmonter la crise actuelle que si les mises en marché se font sur la base d’un accord équilibré entre armements et mareyeurs. Sans marins vivant correctement de leur travail, sans apports relativement constants et rémunérateurs, c’est toute la filière aval qui peut disparaître. Sans mareyeurs capables de réguler les marchés, le chacun pour soi ou la loi du plus fort tireront les prix vers le bas et inciteront encore un peu plus à la casse des bateaux. Ce sera la mort assurée de la pêche fraîche et de son économie globale.
Si demain, nous devions prendre la route des vacances, sans code du même nom, sans radars, sans police ni gendarmerie, que se passerait-il ? Si demain, je décidais de rouler à gauche ou sur les trottoirs ? Je mettrais un terme au contrat collectif qui nous permet de nous déplacer en sécurité et de continuer à vivre. Ce qui vaut pour l’espace routier devait valoir pour notre espace économique. N’est-il pas ?
Enquête d'emploi n°25 - Juillet 2009