Les représentants syndicaux des salariés agricoles sont inquiets face à une montée du chômage et de la précarité. Ils l’ont dit lors de l’assemblée générale de la Chambre d’agriculture qui s’est tenue vendredi 3 avril.
Le monde agricole, régulièrement chahuté par les fluctuations importantes des cours du porc, du blé, du lait, une libéralisation des marchés de moins en moins régulés, n’échappe pas à la crise, mais il y résiste mieux que d’autres secteurs économiques, et l’agriculture finistérienne plus encore que ses voisines. C’est le message qu’a voulu faire passer Jacques Jaouen, le président de la Chambre d’agriculture en préambule à la dernière session de la chambre consulaire. Une analyse qui a fait bondir les représentants syndicaux des salariés agricoles.
« Le chômage et la précarité augmentent dans nos professions y compris dans le Finistère et nous sommes inquiets pour nos entreprises agroalimentaires. Nous souffrons de la crise avec un décalage, mais 2009 et 2010 seront difficiles, on le sait, dire que tout va bien, c’est de l’intox ! »
Présent le préfet, Pascal Mailhos, a, comme Jacques Jaouen, expliqué que le Finistère allait moins mal que d’autres régions, que l’agriculture finistérienne résistait mieux que d’autres. « Ce qui ne veut pas dire que tout va bien, que c’est facile, oui il faut rester vigilant, être prudent sur la forte résistance du secteur agricole, mais l’économie agricole du département est répartie sur l’ensemble du secteur et c’est un atout, comme la relative bonne santé de notre secteur agroalimentaire lui aussi diversifié... » Il n’empêche que de nombreux agriculteurs souffrent directement de la conjoncture. Plusieurs sont en situation de grande détresse. Afin de les aider, la profession a demandé à ce que soit réactivée la commission départementale d’orientation agricole (CDOA) dans sa section «Agriculteurs en difficultés », que soit mis en place un observatoire en lien avec tous les partenaires : Département, MSA, DDEA..., des moyens d’accompagnement, une mission de guichet unique et de coordination centralisant l’ensemble des données de ce volet.
Parmi les autres sujets à l’ordre du jour, il y avait les comptes et un résultat de fonctionnement négatif de 482 901 euros, moins que prévu en juillet 2008, mais une amélioration de la prévision (- 600 000 euros) qui ne doit pas masquer le besoin pour la Chambre d’obtenir des ressources supplémentaires pour ne pas avoir à agir sur le non-renouvellement des emplois. « C’est pourquoi nous nous sommes engagés sur l’élaboration d’un nouveau projet d’entreprise dont nous débattrons en juin et que nous travaillons avec détermination sur la mise en place de nouvelles règles régionales qui devraient définir plus d’équité entre les chambres », a souligné Jacques Jaouen. Sur le volet environnemental, la Chambre a donné deux avis défavorables, le premier au projet du SDAGE (schéma directeur d’aménagement de gestion des eaux) Loire-Atlantique de par « son caractère complexe, inachevé, mouvant, du déficit de pertinence technique et juridique des mesures », des objectifs environnementaux trop ambitieux et difficilement atteignables, l’impact très négatif sur l’économie agricole bretonne, l’inflation sans précédent des contraintes réglementaires, l’impact économique évalué à plusieurs millions d’euros comprenant perte de valeur ajoutée, pertes d’emplois et coût social pour un bénéfice environnemental surestimé et aléatoire.
« Tout ceci n’éradiquera pas les algues vertes à court terme, il faut revoir le dossier en concertation avec les agriculteurs. » L’autre avis négatif concerne la directive nitrate pour des raisons quasi identiques ou presque. « Nous exigeons du Ministère une refonte rapide du dispositif ZES... » Un représentant de la Confédération paysanne, a fait remarquer qu’en termes d’image dire une fois encore non aux mesures environnementales n’allait pas nuire à la profession d’agriculture et aux métiers de l’agriculture. « Des efforts nous en faisons et depuis longtemps, nous sommes prêts à en faire beaucoup d’autres, mais pas à n’importe quel prix, pas en mettant en jeu la survie de nos exploitations et de la profession », a répondu le président. Autre question : l’absorption par la Chambre d’agriculture de l’ADPS de Saint-Ségal, l’association départementale pour la formation professionnelle et sociale des adultes ruraux du Finistère. « Nous voulons garder notre capacité d’intervention dans la formation qualifiante de nos métiers. »
Progrès/Courrier n°3255 - 10 avril 2009