En souhaitant assouplir les règles, le gouvernement a suscité une fronde généralisée. Arguments économiques ou sociaux s’accumulent pour la défense du repos hebdomadaire obligatoire.
Le gouvernement de Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille, dans la logique du « travailler plus pour gagner plus ». Mais cette volonté d’ouvrir une brèche, même infime, dans la sacro-sainte règle du repos dominical s’est heurtée à une mobilisation tous azimuts pour défendre les acquis de ce jour chômé. Initialement programmé pour être adopté avant la fin de l’année 2008, le projet de loi sur le travail dominical a suscité la fronde des organisations syndicales, mais aussi des politiques de tous bords, UMP comprise.
Le texte, très largement amendé et qui prévoit désormais d’autoriser, uniquement sur des zones commerciales de très grande échelle, comme celle de Plan-de-campagne (Bouches du Rhône), le travail huit dimanches par an, pourrait être examiné à l’Assemblée nationale à partir du 15 janvier.
Réduit à sa plus simple expression, le projet de loi continue pourtant à concentrer les plus vives polémiques. Le député UMP Jacques Le Guen fait partie des «rebelles» de la majorité, et réaffirme son opposition au texte.
« Le dimanche ne doit pas devenir un jour comme les autres. Même si le texte initial a évolué, il faudra être très prudent car chaque manœuvre pourra être considérée comme un coup de canif dans le droit au repos dominical », prévient-il.
Point de vue pour une fois partagé par la gauche, comme par les syndicats.
À la CFDT, Patrick Jagaille évoque « l’engrenage » qui pourrait suivre un assouplissement des règles actuelles : « Si l’on ouvre les commerces, il faudra bien les livrer. Si les gens peuvent aller faire leurs courses, pourquoi ne pas ouvrir les banques… On glisserait vers la suppression du repos hebdomadaire obligatoire ! » À la CGT, Thierry Gourlay rappelle que « le gouvernement s’appuie sur la faiblesse des salaires et le chômage pour justifier un pseudo-volontariat ! Les salariés ne peuvent tout simplement pas refuser du travail le dimanche, vu le faible niveau des rémunérations ». Patrick Jagaille resitue le débat dans le contexte économique actuel : « Parier dans ces conditions sur un pouvoir d’achat qui n’existe déjà pas la semaine n’est pas la meilleure solution ! »
Au PS, Marc Coatanéa parle « d’erreur économique, qui conduirait à la suppression d’emplois, notamment dans le petit commerce ».
Chez Solidaires enfin, Olivier Cuzon en appelle à la raison : « Laissons le travail du dimanche là où il est socialement utile : dans la santé, les transports, etc. Mais la règle doit demeurer le repos dominical, car il permet de structurer un minimum de vie sociale. »
Enquête d'emploi n°19 - janvier 2009