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Témoignages -

« Des métiers qui exigent une bonne prestance et du sang-froid »

Publié le Vendredi 09 Janvier 2009 17:36:22

André Delarue, agent de maîtrise chez Assist sécurité

Ancien militaire, André Delarue s’est recyclé tout naturellement dans la sécurité privée. « J’ai commencé sur le terrain, en bas de l’échelle, raconte-t-il. Aujourd’hui, je suis agent de maîtrise et responsable des événements extérieurs chez Assist sécurité. » Cette entreprise, qui compte un peu plus d’une centaine de salariés permanents, est installée à Bourg-Blanc près de Brest. « Nous avons des agents dans des magasins, des concessions automobiles, des sites industriels et nous assurons la sécurité des concerts organisés par Diogène productions », précise André Delarue.

« Nos métiers exigent une bonne prestance : il est plus facile de faire accepter des consignes contraignantes au public avec un sourire et du tact. Il faut aussi beaucoup de sang-froid, souligne le professionnel. Il n’est pas rare de se voir insulter. Il faut savoir faire preuve de détachement pour ne pas le prendre pour soi personnellement. » André Delarue sait de quoi il parle : il a déjà été confronté à des situations délicates comme d’être pris à parti physiquement dans un magasin et de voir la clientèle prendre fait et cause pour l’agresseur…

S’il fait remarquer que l’obligation de qualification constitue une nouvelle contrainte parfois difficile à gérer pour les entreprises (et notamment les plus petites), André Delarue estime tout de même « intéressant pour les entreprises et leurs clients d’avoir des agents bien formés ». Il regrette cependant que l’équivalence au CQP ait pu être accordée « à des gens qui ont effectué un nombre d’heures suffisant mais qui ne sont pas pour autant de bons éléments ».
Il pointe aussi toutes les contradictions de la démarche : « On demande des gens mieux formés qui ont des fonctions où les responsabilités sont importantes (il est question de secours aux personnes et de prévention des incendies tout de même) mais les clients rechignent à mieux payer. Alors, il faudra je crois beaucoup de temps pour que la professionnalisation se traduise en hausse de salaire pour les agents. »

« L’obligation de formation va donner un socle cohérent à nos métiers »

Publié le Vendredi 09 Janvier 2009 17:34:59

Marc Fantou, directeur régional Sécurifrance

Marc Fantou est le directeur régional de Sécurifrance, troisième groupe français de sécurité privée : « Nous avons 450 salariés en Bretagne, 185 dépendent de l’agence brestoise qui couvre le Finistère, le Morbihan et une partie des Côtes d’Armor », indique-t-il. Parmi ses clients, des industriels comme Livbag, Socopa, Alcatel, des magasins et galeries commerciales, des sites militaires, des sites de loisirs comme Océanopolis… « Pour la profession, la loi sur l’obligation de qualification a été difficile à appliquer et contraignante. Nous avons beaucoup sollicité nos effectifs en 2008, faute de trouver sur le marché de nouvelles recrues formées, mais désormais, nos filières de recrutement sont mises en place. Et je considère que cette obligation de formation va donner un socle cohérent à nos métiers. »

Sécurifrance procède à 25-30 embauches par an pour son agence de Brest. « Nous avons ici un peu moins de turn-over qu’ailleurs, note Marc Fantou. Le bassin d’emploi est moins concurrentiel. » Le directeur régional fait cependant remarquer que des difficultés de recrutement existent : « Nous n’avons pas de mal à trouver des agents très qualifiés, comme sur la sécurité incendie car il y a des vocations, par exemple chez les pompiers volontaires. En revanche, c’est beaucoup plus difficile de trouver des gens pour assurer des prestations d’arrière-caisse dans la grande distribution : le travail est ingrat, mal considéré, exposé physiquement et pas très bien rémunéré. »

Sur ce point de la rémunération, Marc Fantou tient à rappeler que de gros efforts ont été consentis : « Nos clients ont accepté des hausses assez importantes des tarifs des prestations ces dernières années. Dans le même temps, les agents ont obtenu la majoration des heures de nuit et de week-end, des primes d’habillage, la reconnaissance indiciaire des qualifications et dernièrement une revalorisation des coefficients. Les choses avancent dans le bon sens. »

« Les donneurs d’ordre doivent prendre leur responsabilité »

Publié le Vendredi 09 Janvier 2009 17:32:21

Eric Geiger accompagné de Jean Christophe Le Hardy et de Pauline Bargain Éric Geiger, responsable technique à Océanopolis

Océanopolis, le parc brestois de découverte des océans reçoit plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Le site est donc soumis a des règles strictes en matière de sécurité. Une équipe interne est composée du responsable technique Éric Geiger et de deux adjoints. « Un autre salarié formé peut également être appelé en renfort », précise le responsable. La Sopab (société d’économie mixte qui gère Océanopolis) fait par ailleurs appel à une entreprise de gardiennage pour compléter. « Un appel d’offre est lancé pour trois ans. Depuis 2001, c’est Sécurifrance qui assure la prestation. Nous avons quelqu’un de jour comme de nuit au PC sécurité du site. »

La gestion du PC sécurité implique l’accueil des visites professionnelles, la réception de colis, la vidéosurveillance, la prévention incendie, le contrôle des intrusions et de la veille technique (pour la température des bassins notamment). « Nous dispensons 72 heures de formation aux agents qui nous sont envoyés par Sécurifrance. Ils font trois vacations de 12 h par semaine, indique Éric Geiger. Le turn-over est assez important car même si le site est plutôt vivant, la fonction peut devenir routinière. Océanopolis est un bon tremplin pour évoluer. »

Le responsable technique, qui a douze ans de carrière dans la sécurité derrière lui, voit d’un très bon œil l’évolution de la profession vers une plus grande professionnalisation. « C’est une bonne chose pour tout le monde : clients, salariés et entreprises de gardiennage, assure-t-il. Ça va demander à ces dernières des efforts d’organisation et des investissements en formation, que seules les entreprises qui vendent des prestations de qualité entreprendront. La profession devrait bénéficier d’un certain écrémage. » Éric Geiger admet cependant que la démarche est plus compliquée pour les sociétés qui interviennent dans l’événementiel.
Pour lui, les clients doivent être parties prenantes de cette évolution : « Les donneurs d’ordre doivent prendre leurs responsabilités : il ne s’agit pas d’un côté de se féliciter de voir les métiers se qualifier et de l’autre se cacher derrière trois lignes budgétaires. Il faudra accepter un coût supérieur des prestations, mais en échange, nous pourrons aussi être plus exigeants sur la qualité. » Et si en plus cela pouvait bénéficier aux agents eux-mêmes… « parce que pour l’instant, leur rémunération ne tient pas vraiment compte de cet effort supplémentaire de formation».

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