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Vivre l'insertion par l'économie
Et si la solidarité venait au secours de l’économie ? L’insertion par l’économie, véritable priorité départementale, pourrait se révéler un vecteur de développement local, social et économique enfin durable. Le 15 décembre à Brest, le premier forum départemental de l’insertion et de l’économie sociale et solidaire permettra de tracer des premières pistes d’action.
En 2008, le RMI aura 20 ans. Un « anniversaire » que personne n’aura le cœur à célébrer, alors qu’au second semestre 2006, plus d’un million de personnes en France émargeaient à cette allocation de solidarité.
En Finistère, même constat : le nombre de bénéficiaires est passé de 4 224 personnes en 1989, à 14 500 aujourd’hui… Et même si le département fait bonne figure en matière de baisse du chômage, cette embellie semble ne pas profiter à ceux qui en auraient le plus besoin. Les Commissions locales de lutte contre les exclusions (CLLE) accueillent de plus en plus de salariés obligés de se tourner vers le RMI. Car avec la multiplication de temps très partiels et la précarité grandissante des contrats, les plus fragiles ne vivent plus de leur travail ! En parallèle, les entreprises s’avouent de plus en plus nombreuses à ne pas trouver la main-d’œuvre indispensable à leur développement…
Face à ce double constat, l’attentisme n’est plus d’actualité. Pilote de l’insertion depuis 2003, le Conseil général a totalement remodelé ses dispositifs d’accompagnement des plus fragiles, en rapprochant son action et ses structures des réalités du terrain. En juillet dernier, un nouveau cap a été franchi, via l’adoption d’un Agenda 21, où l’insertion par l’activité économique s’est vue promue au rang de priorité.
Terreau sous-exploité
Tout cela permettra-t-il de trouver les moyens de passer des intentions aux actes ? La réponse réside peut-être dans l’histoire du territoire, celle d’une tradition mutualiste et coopérative qui, aujourd’hui encore, permet aux Finistériens de tirer leur épingle du jeu. Elle se trouve aussi dans l’émergence, plus récente, de l’économie solidaire. Largement composée d’associations dont le but est de relancer ceux que la société a laissés en chemin, cette économie à cheval entre l’accompagnement social et la réalité du marché permet chaque année à des centaines d’hommes et de femmes de retrouver une place sociale, par l’emploi.
Ce terreau social et solidaire, qui constitue l’identité du département, apparaît donc désormais comme une chance encore sous-exploitée. En œuvrant les unes à côté des autres, l’économie de marché et l’économie sociale et solidaire passent sans grand doute à côté de leur avenir, et de celui de toute une population ! Certes, de premières passerelles se sont déjà mises en place, avec notamment le démarrage des clauses d’insertion des marchés publics. La pertinence de l’économie solidaire commence aussi à convaincre les acteurs de l’économie traditionnelle. Mais ces premiers pas semblent encore trop timides, face à l’urgence des faits.
De ces constats est née l’idée du forum de l’insertion, qui se tiendra le 15 décembre à Brest. Une journée durant, les représentants de ces mondes parallèles s’y croiseront, pour tenter de trouver une voie médiane. Celle qui pourrait permettre, à terme, de réunir les forces des uns et des autres autour de l’insertion. Car si l’accompagnement et la solidarité ont un coût pour la société d’aujourd’hui, celui-ci constitue aussi un investissement collectif. Remettre en selle les laissés-pour-compte du système revient en effet à assurer le développement, économique et social, du Finistère de demain. On appelle cela la logique du gagnant-gagnant. Et elle est à portée de volonté.
Enquête d'emploi n°1 - Décembre 2006
Entre 800 et 900 personnes fréquentent le Plie en permanence
Les itinéraires d’insertion ne sont pas linéaires. Le personnel du Plan local pour l’insertion et l’emploi (Plie) du Pays de Brest l’a bien compris. « Notre rôle est de mettre des personnes en situation d’emploi ; ensuite ça passe ou ça casse, observe Micheline Le Roux, sa coordinatrice.
Les Commissions locales de lutte contre les exclusions
Le Conseil général du Finistère a opté pour la territorialisation de ses politiques d’insertion. Pour une expertise plus fine des situations pays par pays et une meilleure efficacité « en apportant des réponses adaptées aux problématiques locales », a souligné Pierre Maille, mi-septembre, au lendemain de la réunion du comité départemental de lutte contre les exclusions (CDLE).
Clause d'insertion sociale de BMO et de la ville de Brest
Brest Métropole Océane et la Ville de Brest ont intégré la clause d’insertion sociale dans les marchés publics. Elle prévoit que 5 % du volume de la main-d’œuvre requise pour réaliser les travaux soient des personnes en insertion. Jeunes sans qualification ou demandeurs d’emploi de longue durée.
L'association IDEE
L’un a 50 ans, et pensait depuis longtemps avoir laissé sa vie professionnelle derrière lui. L’autre, à l’aube de ses 30 ans, en voulait à une société qui n’avait pas su lui faire une place. Un peu plus d’un an après s’être croisés sur l’un des chantiers de l’association intermédiaire Idee*, à Brasparts, Joël le quinqua désabusé et son cadet Bruno ont retrouvé le goût du quotidien.
Douze associations salarient des personnes en insertion
Méconnue, l’économie solidaire n’en constitue pas moins l’une des forces vives du département. Et que son action passe par les quelque quarante chantiers d’insertion finistériens, les douze associations intermédiaires*, ou les sept entreprises d’insertion actuellement actives, le résultat ne laisse guère de doutes quant à sa réussite.
Startijenn, ateliers de tri de vêtements et de recyclage de pain
Ils n’ont pas attendu l’air du temps pour mettre la main à la pâte de l’économie solidaire. Créée voici dix ans à Brest, Startijenn («coup de fouet» en breton) accueille dans ses ateliers de tri de vêtements et de recyclage de pain, des hommes et des femmes qui « pensaient souvent ne plus avoir d’horizon », explique Chantal, l’une des encadrantes de l’atelier textile.
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