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Le long parcours de l’intégration
La loi et les esprits ont changé. Plus contraignants, les textes législatifs devraient désormais inciter les entreprises à mieux prendre en compte les compétences des travailleurs handicapés. Une nouvelle donne qui, si la reprise économique se confirme, pourrait enfin conduire à voir la différence des uns devenir un atout pour tous.
«
À nouvelle loi
, nouvelle attitude. » En novembre dernier, à l’occasion de la semaine nationale pour l’emploi des travailleurs handicapés, le slogan de l’Agefiph (organisme chargé de collecter les contributions versées par les entreprises ne remplissant par leur obligation d’emploi de salariés handicapés) semblait pencher vers l’optimisme. Près de deux ans après l’adoption par le Parlement d’une nouvelle loi sur le handicap, on était en effet en droit d’attendre quelques avancées en matière d’intégration des travailleurs handicapés !
Mais, si le chômage des travailleurs handicapés reflue effectivement depuis quelques mois, en Finistère comme partout en France, aucun connaisseur du dossier ne se hasarde encore à crier victoire. Tout juste François Massolot, délégué de l’Agefiph Bretagne veut-il tabler sur les déclarations annuelles obligatoires d’emploi de travailleurs handicapés : « Après le 15 février, on verra bien. Les chiffres donnés par les entreprises seront pour la première fois soumis à la nouvelle législation. » Celle-ci avait en effet tablé sur un durcissement des sanctions en cas de non-respect des obligations des entreprises en la matière. « Mais sincèrement, mis à part les très grosses entreprises, où les DRH ont sans doute pris la mesure des conséquences financières, je doute que tous les autres en soient encore totalement conscients », poursuit-il.
Léger mieux
Une prudence de loup, largement partagée dans le monde des défenseurs de la cause du handicap. « Les chiffres du chômage baissent, et avec eux celui du nombre de demandeurs d’emploi handicapés… Mais deux fois moins vite », rappelle ainsi Laurence Bâtard, responsable du Programme départemental d’insertion des travailleurs handicapés (PDITH). La jeune femme n’est pas du genre pessimiste, simplement réaliste, et pragmatique. À son actif, des dizaines de contacts, des chartes locales pour améliorer les pratiques, des mesures ciblées pour inciter les entreprises, les branches professionnelles, les partenaires du service public de l’emploi à donner un coup de pouce supplémentaire aux travailleurs handicapés. Autant de gouttes d’eau qui, ajoutées aux campagnes nationales, contribuent, même lentement, à faire évoluer au moins les mentalités sur le handicap.
Depuis quelques mois, un frémissement se fait d’ailleurs sentir :
« Dès 2005, on a constaté une réelle mobilisation des chefs d’entreprise sur la question des travailleurs handicapés. Et il est bien évident que le contexte de la nouvelle loi a aidé », estime Robert le Donge, directeur d’Ohé Prométhée, association finistérienne labellisée par l’État pour le placement en emploi des travailleurs handicapés.
Bruno Quellec, président du collectif des personnes handicapées du Finistère (trente-sept associations), admet lui aussi que les choses avancent : « On va dans le bon sens, l’accueil et le regard sur les personnes handicapées ont changé chez beaucoup. Nous avons de plus la chance de voir des grandes entreprises locales adopter des politiques volontaristes. Et tout cela, on le doit aux différentes lois. » Pour autant, ce malvoyant titulaire d’un diplôme de préparateur en pharmacie, d’un DEA en histoire et d’une licence en travail social, ne peut qu’appeler à la prudence quant aux chiffres de décrue du chômage chez les travailleurs handicapés : « Je n’ai jamais trouvé d’emploi, et comme moi, une majorité de personnes handicapées ne sont même plus inscrites à l’ANPE, lassées de se faire trimballer d’une porte à l’autre pour rien. »
Récolter les fruits de la reprise
L’homme ne correspond pourtant pas franchement au profil « type » du travailleur handicapé. « Cette population est caractérisée par un niveau de formation faible, souvent de niveau V (CAP), sans compter un âge moyen qui atteindra bientôt les 42 ans. Elle cumule donc les fragilités », rappelle François Massolot. Une constante sur laquelle l’Agefiph travaille continuellement, notamment via le financement de formations, souvent préconisées par des associations comme Ohé Prométhée. En 2007, ces formations devraient connaître un coup d’accélérateur, après une baisse sensible en 2005, due à un désengagement de l’État. Or, pour un département comme le Finistère, qui affiche l’un des plus forts taux de travailleurs handicapés de la Région, ce volet est primordial.
Mais, pour ces mêmes raisons, il ne faut pas s’attendre à une révolution immédiate du paysage :
« Parce qu’un travailleur handicapé est plus fragile, parce qu’il faut aussi du temps pour faire le deuil de sa vie d’avant* et encore du temps pour se former, cette catégorie de demandeurs d’emploi reste deux fois plus longtemps au chômage que les autres », rappelle Laurence Bâtard.
Des « handicaps » qui viennent donc s’ajouter au handicap lui-même, sans compter la dimension non négligeable de la discrimination… C’est là l’une des priorités de tous : « Il faut travailler en permanence sur la représentation du handicap, lever les idées reçues, poursuit la représentante du PDITH. Il faut surtout que la société se rende compte que le vrai point commun que nous avons, c’est que nous sommes tous différents ! Et dans cette différence, il faudra bien apprendre à prendre en compte celle des travailleurs handicapés. Chacun peut apporter des richesses à l’autre. »
La loi, les lois, font d’ailleurs avancer le débat. En touchant les entreprises au porte-monnaie, d’abord. En les incitant par là à s’intéresser à ce chantier, et à y trouver leur compte. Mais les textes les plus contraignants ne pourront pas faire de miracle face aux lois de l’économie : « Restons lucides ! Pour que les personnes handicapées trouvent leur place dans le monde du travail, il faut d’abord que l’économie se porte bien », reconnaît Bruno Quellec. Là est l’enjeu, sur lequel tous les acteurs de l’insertion des travailleurs handicapés comptent. « Les entreprises n’embauchent que si elles en ont besoin ! Notre rôle consiste donc à les informer, les sensibiliser en permanence. À ce titre, je crois que tout le travail d’explication fait autour de la nouvelle loi en 2006 pourra tomber à point nommé, tout au moins si la reprise économique se confirme : le jour où les entreprises auront besoin d’embaucher, elles seront sensibilisées et donc plus réceptives à nos messages », veut croire François Massolot.
Note : * Seuls environ
15 % des travailleurs handicapés
souffrent d’un handicap de naissance. Les autres causes résultent d’accidents de la vie, de maladie et d’accidents du travail.
Enquête d'emploi n°2 - Février 2007
Une cellule départementale unique en France
« Les travailleurs handicapés mettent plus de temps que les autres à retrouver un emploi. Le temps de “faire le deuil” de leur ancienne vie, de retrouver une voie, de suivre parfois une formation.
Trois entreprises du Finistère face à la loi sur le handicap
« Intégrer une personne handicapée demeure une procédure complexe pour un employeur, on ne peut pas le nier », reconnaît François Massolot, délégué de l’Agefiph Bretagne.
Ohé Prométhée a permis la signature de 759 contrats de travail en 2006
Un tiers des demandeurs d’emploi travailleurs handicapés de Bretagne passe par les services Ohé Prométhée Cap-emploi* pour retrouver les rails de la vie au travail.
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