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La création pour rebondir après un plan social
Des victimes de plans sociaux ont fait le pari osé de monter leur propre activité après un licenciement économique. Ils ont pu bénéficier pour cela d’un accompagnement et de soutiens financiers. Exemples à Landivisiau et Bannalec.
Enquête d'emploi n°20 - Février 2009
L’opportunité d’un « accomplissement personnel »
Alain Jacquiot, AB Jardin, Bannalec
Alain Jacquiot était contrôleur qualité depuis 15 ans aux Papeteries de Mauduit (PDM) à Quimperlé, lorsque l’entreprise a vacillé. « Membre du comité d’entreprise, j’étais bien placé pour constater que les choses n’allaient pas bien, raconte-t-il. Quand le plan social a été annoncé, le climat s’est dégradé et j’ai commencé à aller au travail à reculons, pour la première fois de ma vie. » En février 2007, il décide donc de faire partie des premiers départs volontaires.
Comme Alain Jacquiot était délégué du personnel, son départ a suivi une procédure particulière : « J’ai dû soumettre mon projet aux membres du comité d’entreprise et à l’Inspection du travail. » Son projet : créer une entreprise d’aménagement de bordures et d’allées. « Je l’avais mûri avant de partir et j’avais réalisé une première étude. Je n’ai pas trop eu besoin de l’accompagnement du cabinet de reclassement choisi pour ce plan social, mais il était tout de même là si nécessaire. » Ce Bannalécois avait déjà eu des expériences dans ce domaine d’activité : « Je suis technicien agricole de formation et j’ai travaillé en jardinerie pour Coopagri et une de ses filiales », indique-t-il.
Prime à la création
En quittant les Papeteries, Alain Jacquiot a bénéficié d’une prime de licenciement et d’une prime à la création d’entreprise, d’une exonération de charges sociales (au titre de l’Accre*) et d’indemnités Assédic. « J’ai aussi pu suivre des formations : un module de maçonnerie paysagère à l’Afpa et un stage de création d’entreprise à la Chambre de commerce et d’industrie de Quimper. Les conditions de lancement ont donc été plutôt confortables. »
L’EURL AB Jardin a été créée en juillet 2007. Elle a rapidement trouvé ses premiers clients. « Je ne vais bientôt plus recevoir d’aides financières. Je sais que je n’atteindrai pas le niveau de salaires que j’avais aux PDM, mais je ne travaille plus le week-end, je dors mieux (15 ans de factions, ça casse beaucoup le sommeil), et je suis mon propre chef. C’est un vrai accomplissement personnel », assure Alain Jacquiot.
Note : * Accre : aide aux demandeurs d’emplois créant ou reprenant une entreprise.
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« Pour ne pas laisser s’évaporer l’expérience acquise pendant toutes ces années »
Ils ne regrettent pas le pari un peu osé pris il y a tout juste un an. Michel Bris, Christophe Abjean et leur associé Stéphane Pluchon sont aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise (AB Process Ingenierie) de 11 personnes, spécialisée dans la conception et la réalisation de machines automatisées pour l’industrie et l’agroalimentaire. Un dénouement heureux, pour les trois hommes qui, fin janvier 2008, voient l’entreprise morlaisienne pour laquelle ils travaillaient depuis plus de 15 ans mettre la clé sous la porte. Trente personnes se retrouvent sur le carreau, après la mise en liquidation judiciaire de l’entreprise.
« Soit nous tentions de repartir ensemble, pour ne pas laisser s’évaporer l’expérience acquise pendant toutes ces années. Soit chacun repartait dans son coin, vers autre chose », explique Michel Bris. Les salariés licenciés se voient proposer d’intégrer le dispositif du contrat de transition professionnelle (CTP), expérimenté sur le bassin morlaisien pour venir en aide aux licenciés économiques. « Cela nous a aidés ! Nous avons été guidés et épaulés », apprécie Christophe Abjean. Le dossier est monté en un temps record. « Il n’y avait pas le choix : si nous décidions d’y aller, il fallait y aller vite. » Dont acte : en deux mois, le prévisionnel de l’entreprise est bouclé, les banques convaincues, et les statuts de la nouvelle aventure déposés.
Basée à Landivisiau, AB Process Ingenierie emploie au départ quatre personnes. Les prévisions d’activité s’avèrent rapidement pertinentes, et permettent à l’entreprise de continuer à embaucher. « Le secteur est assez vaste et porteur, de l’agroalimentaire à l’automobile. Dans toutes les industries, on cherche des moyens, automatisés, pour réduire la pénibilité des tâches et éviter les troubles musculo-squelettiques… Si nous ne nous plaçons pas, d’autres, dans les pays de l’Est ou en Chine, s’y mettront. »
« Consolider les acquis »
Aujourd’hui, l’entreprise se porte bien, animée par une équipe composée d’une partie de leurs anciens collègues de Morlaix : « Beaucoup avaient adhéré au CTP, et pu grâce à cela suivre des formations plus sereinement, sachant que nous chercherions des bras. Pour nous, il était plus efficace de recruter des personnes que nous connaissions. » Happy end, donc ? Michel Bris n’est pas du genre à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : « En nous lançant, nous savions que ça ne marcherait qu’avec une gestion correcte. Nous nous sommes développés, et nous allons maintenant consolider les acquis. »