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Les jardiniers du patrimoine
Chargée de l’aménagement, de la mise en valeur et de l’entretien des espaces verts des sites historiques gérés par le Conseil général du Finistère, une poignée de femmes et d’hommes veille amoureusement sur les massifs, allées, pelouses, bois et prairies des domaines de l’abbaye du Relec, du château de Kerjean, de l’abbaye de Daoulas, du château de Trévarez et du manoir de Kernault.
Le Conseil général assure – par l’intermédiaire d’un établissement public de coopération culturelle (EPCC dénommé Chemins du patrimoine en Finistère) – la gestion de cinq sites historiques : l’abbaye du Relec (XIIe siècle) à Plounéour-Ménez, le château de Kerjean (XVIe siècle) à Saint-Vougay, l’abbaye de Daoulas (XIIe siècle), le château de Trévarez (tout début du XXe siècle) à Saint-Goazec et le manoir de Kernault (XVe siècle) à Mellac. Ces domaines sont aussi renommés pour l’intérêt de leur patrimoine bâti et des animations culturelles qui y sont organisées, que pour leurs parcs.
Une démarche d’insertion
Les jardins des sites historiques servent aussi de supports à des démarches d’insertion. Le Conseil général y finance en effet (avec le soutien du fonds social européen) des emplois en contrat d’avenir proposés à des adultes, bénéficiaires de minima sociaux, en reconversion professionnelle. « Nos équipes d’entretien des parcs encadrent, cette année, six personnes dans le cadre de ce dispositif : quatre sont employées à Daoulas et deux à Trévarez. Elles bénéficient parallèlement d’un enseignement au centre de formation de Kerliver à Hanvec », indique Marceline Sibéril de l’EPCC. Le contrat débouche sur un brevet professionnel agricole d’aménagement paysager.
Tout à la fois lieux de promenade, supports d’événements festifs et pédagogiques, espaces d’expérimentation de techniques horticoles et conservatoires, ces jardins publics ont chacun une identité propre et bien affirmée, directement liée au passé historique du site qui les abrite. Ils sont mis en valeur et entretenus par une équipe de véritables passionnés, intarissables dès qu’il s’agit de parler de leur métier. « Travailler pour cet EPCC m’ouvre un champ de possibles infiniment plus grand que les débouchés classiques des études d’ingénieur horticole que j’ai suivies », indique ainsi Gwénaëlle Noyer, paysagiste.
Ce travail relève de fait aussi bien en l’aménagement et de la création, que de la gestion ou bien encore de l’animation et de la médiation. L’ouverture des sites au public et la volonté affichée de communiquer sur des pratiques horticoles respectueuses des principes du développement durable impliquent en effet les équipes dans la relation aux visiteurs. Un aspect que les jardiniers ont plutôt l’air d’apprécier.
Enquête d'emploi n°23 - Mai 2009
Pascal Vieu sauvegarde le patrimoine végétal
Passionné de plantes exotiques depuis l’adolescence, Pascal Vieu rêvait de travailler dans un jardin botanique. Son diplôme d’ingénieur horticole en poche, il a œuvré quelque temps au Conservatoire national botanique de Brest et enchaîné périodes de chômage et petits boulots avant de décrocher un emploi à l’EPCC. « Les postes spécialisés comme celui que je recherchais ne sont pas nombreux : peut-être une centaine en France et trois en Finistère. Et il y a très peu de turn-over… » Basé au château de Trévarez, le botaniste y assure le suivi et la pérennité des collections de rhododendrons, de camélias, d’hortensias et de bruyères : inventaire, suivi sanitaire, étiquetage, valorisation auprès du public… « La protection et la valorisation de ce patrimoine végétal a pour moi la même importance que le travail mené sur le patrimoine bâti. L’histoire des plantes est aussi le reflet d’une culture et de son évolution », insiste Pascal Vieu qui envisage de créer à Trévarez un jardin des variétés bretonnes.
Patrice Flammer, agriculteur aux horaires de fonctionnaire
Patrice Flammer a d’abord fait carrière dans l’animation. Mais un bafa en animation nature l’a tout naturellement amené vers un BTS de gestion et protection de la nature. Il est entré au domaine de Kernault grâce à un emploi jeune qui s’est pérennisé. Avec un autre permanent, il veille sur les 30 ha d’un parc qui présente une mosaïque de milieux : gazons, plan d’eau, petite lande, prairies humides et sèches, vergers et bois.
« J’ai été recruté pour mettre en place une gestion écologique de ces espaces, raconte Patrice Flammer. Tout était à faire. Depuis, nous avons banni les produits chimiques. Cela implique quelques heures de binettes pour compenser ! » Le « référent parc » du manoir de Kernault apprécie ses conditions de travail : « J’ai ici les moyens techniques et humains de faire des choses intéressantes et mes actions sont valorisées. Par ailleurs, mon statut est plutôt luxueux : je travaille comme un agriculteur avec des horaires de fonctionnaire et sans contraintes de rendement… »
Pierrick Moigne a le paysage dans les gènes
Pierrick Moigne encadre l’équipe d’entretien du parc de l’abbaye de Daoulas. Il forme un binôme avec sa collègue Morgane Le Breton, responsable du jardin de plantes médicinales de l’abbaye. Cet autodidacte a eu plusieurs vies : « J’ai été dessinateur industriel, marin pêcheur, moniteur de voile, animateur de classe verte et de randonnée, raconte-t-il. Mais, j’ai derrière moi trois générations de création paysagère et je n’ai finalement pas échappé au déterminisme familial ! »
Cadre extraordinaire
Associé à ses « connaissances génétiques », ce passé dans l’animation fait merveille à Daoulas où le jardinier adore transmettre sa passion aux visiteurs de l’abbaye. « Je ne peux pas dissocier le travail réalisé dans le parc de la communication qui l’accompagne. Pour moi, le contact avec le public est indispensable ! » Pierrick Moigne savoure chaque jour sa chance de travailler sur le site de Daoulas : « C’est un cadre extraordinaire qui offre toujours un nouveau potentiel à exploiter. »
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