Lundi 06 Février 2012 S'identifier

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L'égalité professionnelle peine à mobiliser

Les inégalités persistent entre les femmes et les hommes dans les entreprises. Bien que la loi oblige à négocier sur ce thème et à prendre des mesures de résorption des écarts, le sujet reste très peu pris au sérieux.

La loi du 9 mai 2001 relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la loi du 23 mars 2006 relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes obligent les entreprises de plus de 50 salariés à négocier sur ce thème. Elles ont pour cela un outil à disposition : le rapport de situation comparée (1). Pourtant, force est de constater, qu’en la matière, les choses évoluent peu.
Selon l’Observatoire des inégalités (2), les femmes gagnent encore en moyenne 27 % de moins que les hommes, tous temps de travail confondus. Le premier facteur des inégalités salariales est en effet la différence de temps de travail (les femmes sont cinq fois plus souvent à temps partiel que les hommes). Mais entre deux salariés à temps complet subsiste tout de même un écart de 19 %. Une autre part de cet écart peut être expliquée par des différences de poste, de qualification, de secteur d’activité... Pour autant, si l’on tient compte de tous ces facteurs, on observe encore un écart inexpliqué de 10 %.

Les femmes payent toujours la maternité au prix fort. « C’est très paradoxal : d’un côté, on se félicite, en France, du taux de natalité le plus élevé d’Europe ; de l’autre, on continue à sanctionner les femmes dans leur carrière professionnelle à cause des maternités », constate Isabelle Guéguen, co-dirigeante de Perfégal (3), cabinet conseil spécialisé dans l’égalité professionnelle et la lutte contre les discriminations.

« Et l’inégalité salariale n’est que la partie émergée de l’iceberg, rappelle Annaïck Morvan, déléguée aux droits des femmes à la Préfecture du Finistère. Elle renvoie à bien d’autres inégalités dans l’orientation, le recrutement, l’accès à la formation, la promotion… Si on veut traiter réellement le problème, il faut revoir toute l’organisation du travail. Ce qui peut expliquer pourquoi les entreprises traînent les pieds sur le sujet. Même les employeurs et syndicats qui font preuve de bonne volonté ne savent pas toujours par quel bout le prendre… »

Prise de conscience difficile

Josiane Gourmelon, responsable du collectif sur l’égalité professionnelle de l’union CGT du Finistère, note par ailleurs que « la prise de conscience de la réalité des inégalités est difficile, y compris dans les rangs syndicaux. La lecture des chiffres n’est pas évidente : beaucoup pensent qu’on ne peut pas parler d’inégalité dans une entreprise qui emploie une majorité de femmes, ou encore dans un secteur où les salaires sont indexés sur une grille commune à tous, alors que cela peut tout de même être le cas, dans l’accès aux postes à responsabilités par exemple. »
« Dans le contexte actuel de crise économique, la question de l’égalité professionnelle peut, de plus, être considérée comme accessoire », regrette Isabelle Guégen. Souvent perçu comme « une affaire de bonne femme », le sujet a du mal à mobiliser. « Cela énerve un peu les hommes et nous ne voulons surtout pas en faire matière à discorde », assure Josiane Gourmelon. Sa consœur de la CFDT a trouvé la parade : « Nous passons le plus souvent par les questions de la parentalité et de la conciliation des temps de vies personnelle et professionnelle – qui concernent à la fois femmes et hommes – pour introduire le thème de l’égalité professionnelle dans nos discussions », indique ainsi Claudie Mignard.
Pour faire avancer la cause, ces syndicats ont donc créé des commissions spécifiques et procèdent à la formation de leurs élus : « Nous leur apprenons notamment à bien lire et analyser le rapport de situation comparée, pour qu’il sache l’utiliser correctement pour mettre à jour les inégalités et négocier des mesures de résorption », explique la représentante de la CFDT.
De leur côté, Annaïck Morvan et Monique Guillemot-Riou, responsable de l’Inspection du travail ont lancé une campagne de sensibilisation : « Nous avons contacté, en juin 2008, 282 entreprises de plus de 50 salariés pour leur rappeler leurs obligations et leur proposer un accompagnement. Nous n’avons malheureusement reçu que très peu de réponses… » Elles envisagent d’organiser très prochainement une série de réunions d’information à destination des responsables d’entreprises et des partenaires sociaux.

Enquête d'emploi n°21 - Mars 2009

Note :
(1) Il est téléchargeable sur www.travail-solidarite.gouv.fr
(2) www.inegalites.fr
(3) www.perfegal.fr

Des avancées à Coopagri

Élue depuis six ans au comité d’entreprise de Coopagri Bretagne, Isabelle Daniel est aussi présidente de sa commission égalité professionnelle.

Un accord à suivre de près à l’Ifremer

« Nous ne voulions pas nous contenter des habituels vœux pieux : trop souvent, l’on en reste aux bons sentiments et rien ne bouge réellement. Nous avons mis un an pour aboutir à un accord sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes… Mais au final nous avons obtenu du concret, des moyens », pose Marie Marchalot, déléguée syndicale CFDT à l’Ifremer, à Brest.

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