Lundi 06 Février 2012 S'identifier

Vous êtes dans : Accueil > Emploi > Actualités > Emploi : les inquiétudes montent d'un cran

Emploi : les inquiétudes montent d'un cran

L’emploi risque cette fois de trinquer, et sévèrement. Lundi, l’équipementier automobile Livbag, à Pont-de-Buis, a annoncé la suppression de 133 postes. Dans le département, les menaces se précisent aussi dans d’autres entreprises.

À l’appel de la CGT de la métallurgie, jeudi 23 avril, ils étaient environ 200 salariés à manifester devant la préfecture. Des employés du sous-traitant électronique Asteel-Flash (Douarnenez) et du fabricant de filtres à gasoil Cummins Filtration (Quimper) ont ainsi voulu exprimer leurs craintes pour l’avenir. Quelques ouvriers de Serop concept à Briec-de-l’Odet qui fait déjà l’objet d’une procédure de sauvegarde s’étaient également glissés dans le cortège.
Leur point commun : crise ou pas, ces entreprises sont en proie à des difficultés. Certaines s’apprêtent à ouvrir un plan social ; d’autres sont déjà engagées dans cette procédure.

« Or, il faut que l’État prenne l’engagement que cessent les licenciements au lieu de les accompagner », a lancé Serge Boubennec, le secrétaire général de la CGT métallurgie du Finistère, à l’issue d’une courte entrevue avec un membre du cabinet du préfet.

Le représentant de l’État devait quant à lui évoquer devant les médias la situation économique du département, jeudi dernier. La veille du 1er mai où la mobilisation attendue risquait de battre des records, dans ce climat social tendu.

Pont-de-Buis : Livbag se dégonfle

Après plusieurs mois de chômage partiel, le couperet est tombé lundi dernier chez l’équipementier automobile Livbag*, à Pont de Buis. Sur les 950 postes que compte aujourd’hui l’entreprise, 133 vont être supprimés dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

« Contraction durable du marché »

Depuis des semaines, les salariés savaient que leurs jours étaient comptés. Des semaines, voire des mois : « Nous sommes là face à des licenciements boursiers ! Un travail de sape avait été entamé dès 2006, avec la délocalisation d’une ligne de production en Roumanie », pointait le 23 avril Martial Le Moine, de la CGT de Livbag.
Le 27, lors de comités d’entreprise, la direction a confirmé sa volonté de mettre en œuvre un Plan de sauvegarde de l’emploi, qui entraînera la suppression de 133 postes sur un effectif total de 950 aujourd’hui. « Inacceptable » pour les syndicats, qui ont redit aux côtés des salariés, leur colère, lors d’un nouveau débrayage, le soir même. Du côté de la direction, l’on garde pourtant le cap. «Nous ne pouvons que constater une contraction durable du marché de l’industrie automobile. Après environ 8 mois de baisse très forte de nos ventes, notre situation économique est fortement impactée », a souligné Stéphane Vadé, directeur des ressources humaines de l’entreprise.

Audit en cours

Depuis la fin 2008, des mesures de chômage partiel, la mise en œuvre d’un plan de formation (33 000 heures) et la prise de congés avaient permis de faire le gros dos. À la CGT, l’on voulait donc croire qu’une prolongation du chômage partiel permettrait de passer l’orage… Une solution que la direction de Livbag estime désormais trop risquée :

« Entre fin 2008 et début 2009, nous avons enregistré 50 % de baisse de charge (…) Nous savons aujourd’hui que le marché ne reprendra pas durablement avant 2012. Nous ne pouvons donc aller plus loin : si notre compétitivité se trouve encore plus affectée, cela pourrait menacer la pérennité même de l’entreprise », évoque Stéphane Vadé.

Qui veut rappeler que les 133 postes menacés feront l’objet d’incitations et d’accompagnement.

Du côté des syndicats, l’on refuse pour l’heure le scénario de la direction : « Une expertise sur la situation économique est en cours. Pour le moment, nous ne disposons pas des chiffres exacts », explique Martial Le Moine. La CGT récuse en tout cas l’analyse de la direction, et s’oppose au nombre de licenciements prévus. Le rapport d’expertise devrait être connu mi-mai. De nouvelles discussions entre direction et syndicats pourraient alors démarrer sur ces bases.

Note : * fabricant d’airbags pour le groupe mondial Autoliv.

Douarnenez : Asteel-Flash dans la tourmente

L’an dernier, les salariés d’Asteel-Flash, sous-traitant électronique basé à Douarnenez, avaient montré les dents. Résultat : « La direction, qui prévoyait un plan social portant sur 42 postes, avait fait marche arrière. Le blocage du site avait permis d’éviter les licenciements secs. Il n’y avait eu que 15 départs volontaires », rappelle Christian Le Floch, de la CGT de l’entreprise douarneniste.

25 postes menacés

Un an plus tard, les 130 salariés du site ont une impression de déjà-vu. Dès le début d’année, suite à une baisse de charges, la direction a annoncé un nouveau plan social, qui devrait porter sur 25 postes. Depuis janvier, les salariés sont soumis au chômage partiel, à raison de deux jours par semaine.
Le 23 avril, une soixantaine d’entre eux ont donc débrayé, pour crier leur colère devant la préfecture, à Quimper. Tout en sachant que l’issue serait pour bientôt. En début de semaine, les syndicats ont en effet reçu les convocations à un premier comité d’entreprise extraordinaire, première étape du plan de sauvegarde de l’emploi. Il devait se dérouler jeudi dernier. Qu’en ressortira-t-il? Usés par une histoire qui a vu l’entreprise rachetée en 2002, avant un premier plan social en 2006, les salariés semblent prêts à se battre jusqu’au bout : « On nous avait promis du boulot… On se retrouve au même point que l’année dernière ! On a tout donné, assez perdu… Non, on n’a plus rien à perdre », prévenait le 23 avril une salariée. Christian Le Floch confirme :

«Les salariés sont résignés à ne pas se laisser faire. La plupart ont plus de 50 ans : comment voulez-vous retrouver un emploi derrière ? On verra ce que donneront les discussions avec la direction. Mais ça peut exploser à tout moment ».

Progrès - Courrier n°3258 - 1er mai 2009

Envoyer cette page par courriel Haut de page
Réalisation : Inovagora