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Les services à la personne se professionnalisent
Dans les années à venir, les métiers de l’aide à la personne devraient créer des emplois par milliers. Un secteur à regarder de très près donc, d’autant plus qu’il se professionnalise à grands pas, laissant ainsi entrevoir à ceux qui le choisiront un avenir de plus en plus prometteur. Et non délocalisable !
Selon Jean-Louis Borloo, ministre de l’Emploi et de la cohésion sociale, les services à la personne représentent « le plus grand gisement d’emplois connus » en France. Depuis deux ans, les métiers des services à la personne ont en effet le vent en poupe. à la faveur du plan de développement du secteur, lancé par le ministre à l’été 2005, 145 000 emplois auraient ainsi vu le jour en 2006 à travers tout le pays. « Et la tendance est lourde, précise Agnès Abiven-Abaléa, déléguée de l’Agence nationale des services à la personne (ANSP) en Finistère. Nous pensions que le rythme de croissance des structures du secteur allait s’essouffler, mais il continue ici à augmenter. »
Vieillissement annoncé d’une population qui revendique de plus en plus le maintien à domicile, mais aussi implication croissante des femmes dans le monde du travail : ces deux tendances lourdes confirment d’ailleurs que l’avenir sera aux services à domicile.
« Sans compter l’âge assez élevé des personnes qui travaillent aujourd’hui dans ce secteur : les besoins à venir en termes de recrutement seront majeurs », ajoute Agnès Abiven-Abaléa.
Autant de facteurs de dynamique, donc. Mais le paradoxe demeure : malgré un réel besoin de bras, le secteur peine à trouver ses perles. La faute, chacun l’accorde à une image peu valorisante, souvent réduite à celle de l’aide ménagère de naguère.
« Nous sommes encore victimes d’une image vieillotte, qui n’attire pas vraiment les jeunes vers nos métiers », concède Élie Bidet, directeur de la fédération ADMR (Aide à domicile en milieu rural), plus importante structure associative du secteur sur le département.
En chiffres
- 90 % des ménages français souhaitaient, en février 2006, bénéficier de services à la personne, quand 3 % seulement y avaient recours (selon un sondage Ifop).
- 500 000 emplois en trois ans : tel était l’objectif du plan de développement des services à la personne, lancé en juillet 2005.
- 145 000 emplois ont été créés en 2006 dans le secteur des services à la personne en France.
- 14 % d’augmentation du nombre d’emplois, c’est ce qui est prévu dans le secteur pour 2007 par l’Agence nationale des services à la personne.
- 6,7 millions d’heures d’intervention à domicile, opérées par des structures agréées, ont été enregistrées en 2006 sur le Finistère.
- 3,1 millions d’heures ont été travaillées dans le cadre du chèque emploi universel.
- 47 % des salariés bretons de l’aide à domicile travaillent à temps plein, deux ans après leur formation (source : enquête Iroise).
Et il est vrai que les tâches désormais dévolues aux auxiliaires de vie sociale et autres assistantes de vie ne se limitent plus à passer le balai et faire les vitres ! « Nous sommes parfois les seules que la personne va voir dans sa journée. Ce métier, c’est de l’entretien, c’est vrai. Mais c’est aussi et surtout beaucoup de psychologie, d’écoute, d’aide », rappelle Isabelle Girard, jeune maman en cours de formation pour obtenir le Diplôme d’état d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS). Un diplôme récent, créé en 2002, et qui symbolise très largement la mutation des métiers de l’aide à domicile.
Professionnalisation
Le plan de Jean-Louis Borloo vise en effet à une professionnalisation de métiers longtemps exercés sans qualifications. Sur le terrain, la consigne a fait mouche : « Pendant longtemps, effectivement, nos salariés n’étaient pas qualifiés. Aujourd’hui, 20 % d’entre eux le sont et 16 % sont en cours de formation », témoigne Gabrielle Émery, directrice de l’Association de gestion des emplois familiaux, à Brest.
La tendance est partout la même : progressivement, le taux de qualification des structures augmente, grâce notamment à la Charte régionale de qualification des aides à domicile.
Autre changement en cours : la rémunération des salariés. En 2002, un accord de branche a ainsi été signé, visant à revaloriser les salaires de 24 % en trois ans. L’obtention du DEAVS ou du titre d’assistant de vie, notamment, aide aussi à arrondir les fins de mois : « Avant, il fallait 15 ans pour arriver au Smic. Aujourd’hui, un auxiliaire de vie sociale touche globalement le même salaire qu’un aide-soignant », note Gabrielle Émery.
Reste l’épineux problème de métiers encore très largement exercés à temps partiel (82 % des emplois en Finistère en 2004). Là encore, les professionnels jurent travailler à la question. Mais beaucoup évoquent aussi une réticence des salariés eux-mêmes : « Le temps partiel n’est pas forcément subi. Tous nos salariés ne désirent pas travailler plus, mais pour ceux qui le souhaitent, on y arrive », confirme élie Bidet.
La révolution des services à la personne est donc en marche. Avec des à-coups, des tâtonnements. Mais la mobilisation est à la hauteur : service public de l’emploi, collectivités et professionnels travaillent de concert pour imaginer les clés qui permettront rapidement au secteur d’ouvrir ses portes en grand. Et pour beaucoup, il y a urgence :
« Si l’on veut que les actifs soient plus disponibles pour leur travail, alors il faudra un soutien logistique majeur. Sinon, les équilibres familiaux éclateront : nos métiers pâtissent encore d’une image négative, mais ce sont pourtant eux qui garantiront les équilibres de demain ! », prévient Gabrielle Émery.
Et pour cela, sans doute faudra-t-il, aussi, réussir à intéresser ces messieurs à un secteur aujourd’hui très majoritairement occupé par les femmes…
Enquête d'emploi n°3 - Mars 2007
Charte régionale : une nouvelle impulsion
Lancée en 2002, la Charte régionale de qualification des aides à domicile touche à sa fin et devrait se relancer en 2007, pour cinq nouvelles années. Ce dispositif original partait d’un constat simple : l’urgente nécessité de professionnaliser les métiers de l’aide à domicile. Son principal outil : la prise en charge, à 80 %, de la formation au DEAVS, pour les salariés des parties signataires* de la Charte. L’objectif de départ était de voir 5 000 personnes entrer en formation en cinq ans… «Aujourd’hui, on est loin du compte », soupire une formatrice. De fait, seules 1 800 personnes ont franchi le pas entre 2002 et 2006.
* Région, conseils généraux, direction du travail, direction régionale des affaires sanitaires et sociales, centres de formations, employeurs…
À lire également, les témoignages de :
- Pierre Kerbrat, jardinier chez les autres,
- Véronique Oprandi, responsable de secteur à l'Agef,
- Sandra Lichou, en formation,
- Marie-Noëlle Guilcher, assistante de vie,
- Frédéric Pann, informaticien à domicile.
Marché de l’emploi dans les services à la personne
Tirer le bon grain de l’ivraie, des deux côtés de la barrière. Depuis plus d’un an, l’équipe professionnelle action sociale et santé de l’ANPE de Brest multiplie les initiatives pour répondre au mieux à l’équation du marché de l’emploi dans les services à la personne.
DEAVS : un diplôme, un emploi
Dans les grandes salles de cours de l’Institut pour le travail éducatif et social de Brest (Ites), seul établissement du Finistère à assurer la formation vers le Diplôme d’état d’auxiliaire de vie sociale, les stagiaires planchent dur.
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