Lundi 21 Mai 2012 S'identifier

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La fibre de la psychiatrie

De plus en plus ouvert sur la ville, l’hôpital psychiatrique offre un large panel de pratiques aux professionnels qui font le choix de s’y engager.

« Notre plateau technique, ce sont les hommes. Notre matériel, c’est le langage », résume Marie-Claude Aubrée-Lijour, directrice des soins au Centre hospitalier Gourmelen de Quimper, spécialisé en psychiatrie. Une lecture d’abord humaine donc, pour un hôpital encore victime de bien des clichés, alors même que la révolution de la psychiatrie a depuis longtemps mis fin aux « asiles » d’antan. « Être infirmier en psychiatrie aujourd’hui, cela peut vouloir dire travailler dans un service d’admission, mais aussi en hôpital de jour, en centre d’accueil médico-psychologique (CMP), au domicile des patients, auprès d’adultes ou d’enfants », rappelle Anne-Marie Lorho, directrice des ressources humaines de l’établissement.

À l’écoute du moindre geste

Les infirmiers assurent le gros des troupes de la psychiatrie hospitalière (400 à l’hôpital Gourmelen sur un total de 1 100 agents, hors médecins). Mais si la formation initiale est, depuis 1992, redevenue la même que celle des infirmiers de la filière générale, la pratique en hôpital psychiatrique requiert sans nul doute une vraie fibre. À tel point qu’une circulaire de 2006 rend désormais obligatoire la mise en place d’un tutorat pour les nouveaux embauchés ! D’ailleurs, ceux qui font le choix d’une carrière en psychiatrie l’ont bien compris : « Beaucoup ont été chercher, en plus de leur cursus général, l’information théorique qui leur donne accès à la compréhension des symptômes. Et c’est indispensable », confirme Marie-Claude Aubrée-Lijour.
Ce que ne niera pas Alain Plouhinec, infirmier au service d’admission de Gourmelen depuis quatre ans. Un service pour adultes, qui arrivent ici en pleine crise. « Il faut savoir faire preuve d’une réelle empathie, et d’une reconnaissance de la souffrance. Dans mon service, elle se dit par de la violence, ou des comportements introvertis : il nous faut des outils théoriques, et une prise de recul, pour y répondre. Cela passe par une prise en charge globale, en collaboration avec les différents professionnels de l’équipe, puis avec ceux qui prendront le relais à la sortie. »
Le métier est donc pluriel, mêlant écoute et savoir-faire techniques : « Mais l’objectif est toujours le même : redonner leur dignité à des personnes rejetées parce qu’elles souffrent de pathologies mentales ». But partagé par Claire Le Clec’h, infirmière en pédopsychiatrie, à l’hôpital de jour de Concarneau : « Il faut être à l’écoute du moindre geste : nous travaillons dans la dentelle, et sur le temps. Mais c’est ce qui permet de voir les enfants que nous suivons, pourtant partis de loin, revenir un jour à une scolarisation, et plus tard à une autonomie ».

Enquête d’emploi n°13 – Mai 2008

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