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L’économie sociale et solidaire à la rescousse de l'emploi
Emplois non délocalisables, valeurs de partage, de démocratie… Les principes sur lesquels se base le « tiers secteur » pouvaient, hier, porter à sourire. Ils représentent aujourd’hui l’une des planches de salut les plus fiables qui soit pour redresser la barre. Et assurer l’emploi de demain.
Face à un modèle libéral qui semble avoir atteint ses limites et détruit désormais de l’emploi à grande échelle, l’économie sociale et solidaire (ESS) reprend du galon. Parce qu’elle vise le développement des territoires et met l’homme au cœur de son projet, l’ESS suscite de plus en plus d’intérêt. Avec raison. Car si ce « tiers secteur » (1), où l’intérêt collectif l’emporte sur les profits financiers et où les excédents ne peuvent servir à rémunérer le capital mais doivent être réinjectés dans les projets, en a longtemps fait sourire plus d’un, il a malgré tout prouvé la viabilité de son modèle.
En chiffres
203 000 établissements employeurs de l’ESS étaient recensés en France en 2006.
2,1 millions de personnes sont salariées de l’ESS au niveau national. Le secteur représente 9,8 % de l’emploi salarié (hors agriculture, pêche, sylviculture et intérim).
4,2 % C’est le taux de croissance du secteur entre 2005 et 2006. Il aura créé sur la même période près d’un emploi net sur 5.
14,9 % des salariés finistériens le sont dans une entreprise de l’ESS (13,5 % en Bretagne).
12,8 % des employeurs finistériens et 12,2 % des employeurs bretons relèvent de l’ESS.
65,5 % des salariés du secteur sont des femmes.
Sources : Insee Clap. Pour la Bretagne, données traitées par l’observatoire régional de l’ESS-Bretagne.
Aujourd’hui, l’ESS représente 10 % de l’emploi salarié en France, près de 12 % en Bretagne, et 14 % en Finistère. Quand les entreprises « classiques » connaissent les pires difficultés au cœur de la tourmente, celles de l’ESS gardent la santé. « La crise nous a donné raison », confirme Yannick Bigouin, responsable de l’antenne finistérienne de la Chambre régionale d’économie solidaire (Cres) de Bretagne (2).
Modèle à suivre
Sans le savoir, des milliers de salariés travaillent aujourd’hui au cœur de l’ESS. Partagé en quatre grandes familles (coopératives, associations, mutuelles et fondations), le secteur est loin d’être marginal : de l’action sociale au secteur bancaire en passant par le monde de l’éducation, la sphère de l’environnement, le service à la personne ou le commerce, l’ESS a pris pied dans les pans les plus divers de l’économie. Et dans ce mouvement, le Finistère a une belle carte à jouer. Historiquement, le département s’est construit sur ces liens d’entraide et de solidarité que prône l’ESS. Concepts utopiques que ceux qui président à cette « autre économie » ?
« L’économie sociale et solidaire ne s’oppose pas frontalement à l’économie classique ! Entreprendre reste essentiel, mais l’ESS prouve simplement qu’on peut le faire sans perdre son âme », soutient Yannick Bigouin.
Exemple parlant : « Même dans les plus grosses coopératives, il n’existe pas plus de quatre niveaux entre les plus gros et les plus petits salaires. »
Et ça marche… Claude Bécam, de l’association pour le développement de l’ESS en Pays de Brest confirme : « L’Adess réunit aussi bien des petites structures qu’une mutuelle comme la Maif ou l’association Don Bosco. Cela prouve bien que nous ne sommes pas dans une économie marginale, mais que ces structures sont viables, que des gens en vivent au quotidien. Et que le modèle est reproductible ! »
Viable, l’ESS est donc aussi potentiellement créatrice d’avenir. Ses acteurs ne sont pas que des philanthropes : pour continuer à vivre de leur travail, ils ont besoin de compétences, de savoir-faire, de talents. Mais ils les puisent dans le tissu local. Et les mettent en valeur : « Dans l’ESS, les salariés sont impliqués dans le devenir, dans le projet de l’entreprise. D’où une motivation supplémentaire, qui crée une vraie dynamique ! », rappelle Yannick Bigouin.
Emplois locaux
La plus-value est là : économiquement durables, socialement et environnementalement responsables, les entreprises de l’ESS portent en elles les germes de la réussite. Et cela, les collectivités l’ont bien compris. Sur Brest métropole océane depuis quelques années déjà, comme à Quimper plus récemment, des délégations à l’ESS travaillent au développement du secteur. « Dans un monde en crise, l’ESS offre des possibilités d’entreprendre ici, de relocaliser l’emploi. Nous nous devons d’informer les entrepreneurs, et notamment les jeunes, des potentialités de ce secteur. Alors, ils pourront oser se lancer ! », martèle Michel Briand, vice-président de BMO en charge de l’ESS. Il n’y a rien à perdre. Et peut-être tout à gagner, dans la construction d’une économie qui tendrait vers l’épanouissement des hommes et le respect du monde qui les fait vivre.
Note :
1) Le tiers secteur désigne les organisations ni publiques ni privées à but lucratif.
2) www.cres-bretagne.org
Enquête d'emploi n°23 - Mai 2009
Un forum à Brest fin mai
Jeudi 28 et vendredi 29 mai, Brest se met à l’heure de l’économie sociale et solidaire, à travers un rendez-vous inédit.
Se structurer pour mieux peser
Une association sur le Pays de Brest, un pôle de développement en projet sur Quimper… Ces derniers mois, les acteurs de l’économie sociale et solidaire du Finistère se sont mis autour de la table pour tenter de travailler ensemble.
Aprobois mêle solidarité et développement local
Longtemps, cette société carhaisienne, spécialisée dans la fabrication de palettes de bois et autres produits de scierie, ne fit pas parler d’elle. Hormis pour la drôle d’idée de son fondateur, issu du monde de l’enseignement : mettre sur pied une activité pérenne permettant d’assurer un emploi stable à des travailleurs handicapés.
Kejal incite à entreprendre autrement
Basée à Morlaix, la Scop Kejal rayonne sur toute la France. Logique, puisque cette société fondée par des professionnels de l’entreprise et de l’ESS est un cas quasi unique.
Une crèche au cœur de la citoyenneté
À première vue, c’est une crèche comme toutes les autres. Menée de mains de maîtres par des professionnels de la petite enfance, offrant un nid d’épanouissement idéal pour les bambins. Mais Main dans la main, à Gouesnou, se veut plus qu’un simple lieu de garde. Ici, on revendique haut et fort le statut associatif de l’origine.
Agsel, coopérative d’un nouveau genre
Basée à Plougastel-Daoulas, près de Brest, l’Agence pour la gestion du service espaces et littoral (Agsel) est une société un peu particulière, régie par le très récent régime des sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC).
Formation : une licence pro à débouchés multiples
Les associations et structures de l’économie sociale et solidaire ont besoin de compétences. Les travaux menés, il y a quelques années, par des étudiants de l’IUT de Quimper avaient fait émerger ce constat.
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